"Bonne année" ? Non merci.
(le pire vœu que l'on peut te souhaiter)
Si tu as passé les derniers jours à esquiver les “bonne année !” avec un sourire crispé en te demandant ce qu’il y avait de si formidable dans le passage au premier janvier,
Si tu as écouté tout le monde parler de résolutions et de nouveau départ pendant que toi tu essayais juste de tenir le coup d’un jour à l’autre,
Si tu as eu l’impression d’être complètement à côté de la plaque pendant que le monde entier célébrait quelque chose que tu ne ressentais absolument pas,
Alors bienvenue dans le club de celles et ceux pour qui “bonne année” n’est pas un vœu de bonheur mais une injonction épuisante de plus à subir. Parce que oui, il faut le dire clairement :
Pour quelqu’un qui va mal, le passage à la nouvelle année n’est pas un renouveau plein d’espoir mais souvent le moment le plus violent de l’année, celui où le décalage entre ce qu’on est censé ressentir et ce qu’on ressent vraiment devient tellement énorme qu’il nous écrase un peu plus.
L’injonction collective au bonheur
Ce qui rend cette période si toxique quand on va mal, c’est cette pression sociale monumentale qui débarque avec son lot de “nouvelle année, nouveau toi”, de résolutions ambitieuses, de projets excitants et d’optimisme débordant.
Comme si le simple fait de changer de chiffre sur le calendrier allait miraculeusement transformer ta vie et effacer tout ce qui ne va pas. On te bombarde de messages sur les nouveaux départs, les pages blanches, les opportunités infinies qui s’offrent à toi et pendant ce temps toi tu n’arrives déjà pas à sortir de ton lit le matin ou à imaginer le futur de demain.
Alors, clairement, l’idée de te fixer des objectifs pour les douze prochains mois te semble aussi réaliste que de prévoir d’escalader l’Everest en tongs.
Le problème c’est que cette injonction collective au bonheur et à l’enthousiasme ne laisse aucune place à celles et ceux qui ne ressentent rien de tout ça, qui regardent passer cette vague d’optimisme forcé en se sentant encore plus seuls, encore plus à côté, encore plus anormaux parce qu’ils n’arrivent pas à embarquer dans cette énergie collective qui semble si naturelle pour tout le monde sauf pour eux.
Janvier est objectivement le pire mois
Il y a la réalité factuelle de janvier qui n’a rien à voir avec la version enjolivée qu’on nous vend, parce que janvier c’est l’hiver en plein cœur avec ses journées courtes et grises où le soleil se lève tard et se couche tôt, c’est le manque de lumière qui impacte directement ton moral et qui rend tout plus difficile même pour les gens qui vont bien alors imagine quand tu vas déjà mal. C’est aussi le contre-coup des fêtes avec cette fatigue accumulée d’avoir dû faire semblant d’être joyeux, d’avoir dû gérer les repas de famille, les questions sur ta vie, les comparaisons implicites avec les autres qui ont l’air d’avoir tout réussi pendant que toi tu as l’impression de stagner ou de régresser. C’est le retour à la réalité après une parenthèse qui t’a vidé de ton énergie sans te recharger et c’est le moment où tu te retrouves face à toi-même sans les distractions des fêtes pour masquer ce qui ne va pas. C’est les comptes en banque dans le rouge après les dépenses de fin d’année, c’est le froid qui te donne envie de ne jamais sortir de chez toi, c’est cette impression que tout le monde repart du bon pied sauf toi qui as l’impression de partir avec un boulet attaché à la cheville.
Le contraste insoutenable
Ce qui rend janvier particulièrement violent, c’est le contraste démentiel entre l’énergie collective de renouveau et ta propre réalité intérieure qui ressemble plus à un marécage qu’à un tremplin vers l’avenir. Partout autour de toi les gens parlent de leurs projets, de ce qu’ils vont accomplir cette année, de comment ils vont devenir une meilleure version d’eux-mêmes et pendant ce temps toi tu te demandes juste comment tu vas réussir à passer les semaines à venir.
Ce décalage te renvoie en pleine face l’écart entre ce que tu es censé être et ce que tu es vraiment, entre ce que la société attend de toi et ce dont tu es capable actuellement et cet écart devient une preuve supplémentaire que tu ne fonctionnes pas comme il faut, que tu es en retard sur tout le monde, que tu rates quelque chose d’essentiel que les autres ont compris et pas toi.
Les réseaux sociaux n’arrangent rien avec leur déferlement de posts motivants, de transformations spectaculaires, de gens qui affichent leurs résolutions ambitieuses et leurs débuts d’année pleins d’énergie et toi tu scrolles tout ça en te sentant, peut-être, encore plus nul, encore plus inadéquat, encore plus seul dans ton incapacité à embarquer dans cette dynamique collective.
La violence des résolutions
Cette pression des résolutions part d’une intention peut-être bienveillante mais qui devient toxique quand on va mal, parce qu’on te demande de te projeter dans l’avenir et de te fixer des objectifs alors que toi tu arrives à peine à gérer le présent et que l’idée de planifier les douze prochains mois te file de l’anxiété plutôt que de l’espoir.
On te demande de décider ce que tu veux accomplir, comment tu veux changer, quelles mauvaises habitudes tu veux abandonner et quelles bonnes habitudes tu veux adopter, comme si tu avais l’énergie et les ressources mentales pour gérer ce genre de transformation alors que tu galères déjà à faire les choses les plus basiques de ton quotidien. Les résolutions présupposent que tu as de la volonté disponible, de la motivation en stock, de l’énergie à investir dans des changements, alors que quand tu vas mal tout ça c’est justement ce qui te manque le plus. Du coup, chaque “alors, quelles sont tes résolutions ?” devient une agression involontaire qui te rappelle que tu n’es pas capable de faire ce que tout le monde semble trouver normal et excitant et que tu es en train de rater le départ de cette année qui commence pendant que les autres sont déjà lancés.
Ce que personne ne dit
Ce que personne n’ose dire parce que ce serait trop à contre-courant de l’ambiance générale, c’est que pour beaucoup de gens janvier n’est pas un nouveau départ mais une continuation difficile de ce qui était déjà difficile avant, avec en prime la pression supplémentaire de devoir faire semblant d’être enthousiaste.
Ce que personne ne dit c’est qu’il est parfaitement normal de détester cette période, de ne ressentir aucun espoir particulier face au changement de calendrier, de trouver épuisante toute cette énergie collective qui exige que tu t’alignes sur un optimisme que tu ne ressens pas. Ce que personne ne dit c’est que survivre à janvier c’est déjà énorme quand tu vas mal et que tu n’as pas besoin de te rajouter la charge mentale des résolutions et des nouveaux départs si tu n’en as ni l’envie ni l’énergie.
Tu as le droit de juste traverser cette période, de laisser les autres s’exciter sur leurs projets pendant que toi tu te concentres sur le strict minimum, de ne pas participer à cette fête collective du renouveau parce que ce n’est pas ce dont tu as besoin maintenant.
Survivre à janvier sans culpabiliser
Si tu te reconnais dans tout ça, si janvier te pèse plus qu’il ne t’inspire, si les vœux de bonne année te donnent envie de disparaître plutôt que de célébrer, alors voilà ce que tu peux faire :
ignore complètement la pression des résolutions et autorise-toi à ne rien prévoir d’ambitieux pour cette année,
concentre-toi sur passer les jours les uns après les autres sans te projeter plus loin que le lendemain qui vient,
évite autant que possible les conversations sur les projets et les objectifs en disant simplement que tu préfères ne pas te mettre la pression cette année,
limite ton exposition aux réseaux sociaux et à tout ce qui te renvoie l’image d’un enthousiasme que tu ne ressens pas,
rappelle-toi que janvier est factuellement un mois difficile à cause de l’hiver et du contre-coup des fêtes donc ce que tu ressens a des causes objectives et pas seulement psychologiques,
et surtout arrête de te comparer aux autres qui ont l’air de démarrer l’année en trombe parce que tu ne sais pas ce qui se passe vraiment derrière leurs façades et que de toute façon leur rythme n’a pas à être le tien.
Tu n’as rien à prouver en janvier, tu n’as pas à être enthousiaste sur commande, tu n’as pas à adhérer à cette narrative collective du nouveau départ si elle ne fait pas sens pour toi maintenant.
Traverser janvier sans aucune résolution ne fait pas de toi quelqu’un qui rate sa vie mais quelqu’un qui gère une période objectivement difficile avec les ressources limitées qu’elle a à sa disposition. Prends soin de toi,
Mélanie.
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Ton article me parle. Je ne me mets pas de pression cette année. Je suis en pleine transition après un épuisement professionnel et je vais aller à mon rythme, en écoutant mes ressentis.
Beaucoup de gens font semblant et il faut se dire que les bonnes résolutions, personne ou presque ne les tient. Voir tout cela comme une vaste comédie est peut-être aussi un moyen de renverser la logique de ces fêtes, de se dire que c'est peut-être nous qui sommes dans le vrai, l'authenticité, le non-feint. J'évite moi aussi les messages de bonne année...